par Jean Beaumont (son site) mardi 11 décembre 2018

Avortement : ça bouge...

 

Quelques nouvelles sur le front de l'IVG

USA: la peine de mort pour avoir avorté ? C'est ce que propose une loi venue tout droit d’un État américain conservateur, l’Ohio. Après avoir interdit l’IVG après 6 semaines de gestation, cet État souhaite supprimer définitivement le droit à l’avortement, et même le criminaliser. Ainsi, l’IVG deviendrait-il un acte transgressif, passible de peine de mort. « Je pense que la vie commence au moment de la conception. Le but de cette loi est de diffuser et de faire adopter cette vision des choses, ainsi que de protéger tous les bébés à naître de l'Ohio contre l'avortement », explique Ron Hood, l’un des élus républicains à l’origine du projet. Si elle était promulguée, la nouvelle loi permettrait de poursuivre pour meurtre les femmes recourant à une IVG, ainsi que le médecin qui a pratiqué l'acte. En modifiant la définition juridique de « personne » pour y inclure « tout humain à naître », la « House Bill » ferait de l’avortement un crime équivalent en gravité à un homicide au révolver. Beaucoup vont trouver une telle disposition pour le moins radicale... Reste que le projet a été discuté en mars dernier, puis est revenu sur le devant de la scène en octobre, lors de la nomination par Trump à la Cour Suprême de Brett Kavanaugh, un ennemi déclaré de l’avortement. Le 15 novembre dernier, la Chambre des représentants de l’Ohio a en tout cas voté la « Heartbeat Bill », loi dite du "battement de coeur", qui stipule que l’avortement est interdit à partir du moment où l’on peut détecter des battements de coeur chez le foetus. Cette disposition doit encore être validée par les différentes instances législatives de l’État jusqu’à sa validation définitive par le gouverneur. Le gouverneur actuel de l’Ohio, John Kasich, a fait savoir qu’il y opposerait son veto à toute loi anti-avortement, de quelque nature qu’elle soit. Mais son mandat arrive à terme début janvier 2019 et son successeur (déjà élu) Mike DeWine la promulguera et s’est même dit favorable à la criminalisation de l’avortement. Allons à présent en Pologne : la pilule du lendemain, qui coûte entre 7 et 30 euros, y est autorisée, tout comme l’avortement. Néanmoins les femmes souhaitant avorter dans le cadre légal se heurtent souvent à des gynécologues invoquant la clause de conscience. « Sur les 400 hôpitaux polonais habilités à pratiquer l’avortement, seuls quarante-six établissements l’ont effectivement fait en 2016 » estime Le Monde. Le pouvoir actuel, plus droitier que le précédent, veut à nouveau restreindre l’avortement. Le pays est fortement pratiquant : près de 40 % des polonais se rendent à la messe le dimanche. Voguons jusqu’à l’Argentine : trois mois après le refus du Sénat de légaliser l’avortement au pays de Peron, le combat acharné continue. Les féministes ne baissent pas les bras. L’Argentine est-elle prête à effectuer cette révolution ? 60 % des Argentins seraient pour la promulgation de l’avortement, selon certains sondages. L’an prochain, les forces de gauche espèrent qu’un nouveau projet de loi pourra être présenté au Sénat. Terminons par la France. Fin novembre, Bertrand de Rochambeau, Président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) et Véronique Séhier, Co-présidente du Planning Familial ont lancé un appel, que voici : « L’avortement est un acte qui concerne une femme sur trois en France. La loi autorise toute femme qui le souhaite à avorter librement (…) Pourtant, en 2018, des femmes pensent encore qu’elles doivent se justifier et donner une raison pour avorter. Cependant, nous rencontrons quotidiennement des femmes qui nous disent les freins voire les blocages qu’elles rencontrent dans leurs parcours d’avortement : prises de rendez-vous tardives, désinformation, refus de pratiquer un avortement si elles ont déjà avorté, ou si l’avortement a lieu entre 10 et 12 semaines… Le « refus de soin déguisé » ne facilite pas le parcours des femmes qui veulent mettre fin à une grossesse non voulue. (…) Supprimer cette double clause de conscience est une nécessité de justice et d’égalité dans l’accès aux droits. » La plupart du temps, de telles déclarations préfigurent une action publique. Attendons-nous donc, dans un avenir proche, à la possible mise en place par le législateur de la suppression de la clause de conscience pour les médecins refusant l'acte. Ceci provoquera sans doute des remous, bien qu'en pratique le médecin récalcitrant soit déjà contraint par la loi d'orienter sa patiente vers un confrère.

 

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