Je n'en ai jamais parlé à ma famille. Seules mes amies proches ont été informées, ainsi que les pères. Les amies m'ont soutenu et ont dédramatisé la situation. Les pères ont eu des différentes : le premier ne s'en est pas occupé, le deuxième n'a pas été informé et le troisième m'a laissée toute seule à la maison pour pratiquer l'ivg médicamenteuse, a prétexte d'obligations familiales impératives (enterrement)
IVG à l'hôpital 1998 : expérience traumatisante du point de vue de la douleur post-ivg mais aussi de l'acte liu-même. N'étant pas endormie, j'ai pu suivre toute l'opération, jusqu'à l'aspiration de l'embryon, et qu'il soit jeté à la poubelle
IVG à l'hopital 1999 (médicaments) : expérience moins traumatisante. On se contente de prendre un médicament et d'attendre l'expulsion dans un environnement médicalisé.
IVG à la maison en 2005 : la pire des expériences. On se sent complètement seul, loin de tout soutien médical en cas de complications.
Les deux premières fois, j'avais 18 et 19 ans, je venais de commencer mes études, j'étais séparée des pères et il m'était absolument inconcevable de devenir mère à ce moment là.
La dernière fois, j'étais déjà avec celui qui est devenu depuis mon mari. J'ai émis la possibilité de garder cet enfant (nous étions ensemble depuis presque 3 ans mais vivions séparement). Il a refusé catégoriquement et j'ai obtempéré après de longs moments d'hésitation. Aujourd'hui, je ne sais pas si je regrette ou pas. La vie aurait été complètement différente, peut-être serais-je seule ? Peut-être que non ?
Les deux premiers avortements, j'étais déterminée : comme indiqué plus haut, il m'était inconcevable à ce stade e ma vie de devenir mère. Pour moi, la maternité devait s'inscrire dans une vie de couple harmonieuse, dans un foyer financièrement stable etc... Donc la question ne se posait même pas mais ça n'empêche pas la tristesse, la culpabilité de n'avoir pas maitrisé sa contraception, la peur de ne plus pouvoir avoir d'enfants après.
Pour le dernier avortement, j'ai vraiment hésité, j'ai longtemps discuté avec le père mais lui n'était pas prêt. Nous étions dans une situation relationnelle difficile à ce moment là, lui travaillait loin, bref, c'était compliqué. Mais je pense que nous aurions pu nous en sortir quand même. Le plus dur dans l'histoire a été de se retrouver toute seule car le jour où j'ai avorté à la maison, il y avait un enterrement dans sa famille et il a privilégié cet évènement à ma douleur. J'ai mis très longtemps à me remettre de cet abandon. Je ne sais toujours pas si au fond j'ai réellement pardonné cet abandon.
Plusieurs années après, je n'arrive pas à mettre vraiment le doigt sur ce que ces avortements ont pu provoquer chez moi. Aujourd'hui, enceinte d'un bébé de 8 mois, ce qui me reste c'est la douleur physique de ces avortements, et qui me fait craindre l'accouchement. D'une manière générale, je suis aussi mal à l'aise avec les grossesses et les enfants des autres, j'espère que le fait de mener (enfin) une grossesse à terme me permettra de tirer un trait sur ces avortements et de me rassurer quant à ma capacité à être mère, ce que j'ai toujours voulu être depuis le plus longtemps que je me souvienne.
Je ne sais pas si mon expérience peut aider les autres, tout ce que je peux dire c'est que les femmes ne sont pas suffisamment suivies après un avortement sur le plan psychologique, et que toute femme qui prend cette décision, quels qu'en soit ses motifs, doit avoir conscience des difficultés psychologiques que cela engendre. Pour moi la preuve la plus flagrante est que j'ai recommencé à fumer le jour où je suis tombée enceinte "pour de vrai", alors même que je ne savais pas que j'étais enceinte et que j'avais arrêté de fumer depuis 4 ans grâce à la seule volonté. J'ai mis 8 mois de grossesse à comprendre d'où venait cette attitude contradictoire, et pourtant irréversible. Peut-être que je veux me punir de toutes ces grossesses avortées ?